Depuis plusieurs années, la lutte contre les passoires thermiques s’est imposée comme un axe majeur des politiques publiques en matière de logement. Dans un contexte de transition énergétique et de volonté d’amélioration du parc immobilier français, les pouvoirs publics avaient fixé un cap ambitieux visant à exclure progressivement du marché locatif les logements les plus énergivores.
Au 1er janvier 2025, cette orientation s’était traduite par une mesure forte : l’interdiction de louer les biens classés G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Cette décision marquait une étape décisive dans la stratégie nationale, en contraignant les propriétaires à entreprendre des travaux de rénovation énergétique sous peine de ne plus pouvoir proposer leur bien à la location. L’objectif était clair : accélérer la transformation du parc immobilier et améliorer significativement la performance énergétique des logements.
Quelques mois plus tard, un changement de cap s’opère. Face à une tension persistante sur le marché locatif et à une pénurie de logements disponibles, le gouvernement a décidé d’assouplir ces règles. Désormais, les logements classés F et G peuvent à nouveau être proposés à la location, sous réserve d’un engagement formel du propriétaire à réaliser des travaux d’amélioration énergétique.
Ce dispositif repose sur une condition essentielle : le bailleur doit avoir signé un contrat avec un artisan en vue de la réalisation des travaux. Les délais accordés varient selon la nature du bien, avec une échéance de trois ans pour les maisons individuelles et de cinq ans pour les logements situés en copropriété. Par cette mesure, les autorités entendent concilier deux impératifs souvent opposés : maintenir une offre locative suffisante tout en poursuivant les objectifs de rénovation énergétique.
L’ambition affichée est de taille. Le gouvernement estime que cet assouplissement pourrait permettre de remettre sur le marché entre 650 000 et 700 000 logements d’ici 2028. Une perspective qui répond directement aux difficultés d’accès au logement observées dans de nombreux territoires.
Cependant, cette évolution soulève plusieurs enjeux. La crédibilité du dispositif repose en grande partie sur la capacité à garantir la réalisation effective des travaux annoncés. Sans mécanismes de contrôle rigoureux, le risque de voir certains propriétaires retarder ou contourner leurs engagements ne peut être écarté. Dans ce contexte, l’efficacité de la mesure dépendra autant de son application que des outils de suivi qui seront mis en place.
Entre pragmatisme économique et exigences environnementales, cet assouplissement illustre la difficulté de concilier des objectifs parfois contradictoires. Il témoigne également d’une réalité : la réglementation autour du DPE et de la rénovation énergétique est appelée à continuer d’évoluer dans les années à venir, au rythme des enjeux climatiques et des contraintes du marché immobilier.